Troisième livraison - printemps 2020

L'immunité du troupeau « tant qu’à pogner la covid
je veux que ce soit dans la joie et la bonne humeur
pas dans le stress et le trafic
ou un centre d'achat
ce qu’ils appellent le monde normal »

Fuck ton économie, Francis Vailles : « S’il y a quelque chose qu’il faudrait retenir de la crise, c’est notre intense désir de liberté, celle dont nous sommes privés présentement, et dont la première incarnation est de bouger sans contrainte, pas pris dans le trafic, pas séquestré dans un cubicule, pas orienté vers les buts d’un patron ou d’une corporation avec qui on ne partage rien. »

Comment nous sommes devenus propres II : « Les taxis étaient sales. Ou en retard. Des fois ils puaient. Les chauffeurs chialaient, conduisaient agressivement, certains écoutaient la radio. Il y avait des permis, des zones, des formations, c’était lourd et bureaucratique, il fallait moderniser à cause des algorithmes, demandez aux jeunes à Montréal. »

Avenue Taniata : « mais maintenant que je sais tout ça
je ne sais plus
comment me défaire de cette allusion mal placée
complètement awkward comme disent les jeunes
et j’ai peur que l’un contamine l’autre »

Fuck Costco : « Nous sommes comme les zombies de Romero, qui continuent de fréquenter le centre d’achat en souvenir de notre existence antérieure, celle où la consommation était une promesse de bonheur, l’abondance un signe de richesse, où ce mode de vie n’était pas recouvert d’un voile de soupçon, condamné par un système économique et une planète qui menacent de s’écrouler tous en même temps, à brève échéance.»

Deuxième livraison - automne 2019

La mort du troisième lien :  « En fait, le troisième lien s’est mis à chier dès qu’il s’est mis en branle pour de vrai. Cette chose faite pour parler n’a jamais été pensée pour être construite. Il y a entre le projet et sa réalisation le rapport qu’il y a entre le spirituel et le temporel. On ne réalise pas un mythe, on s’y projette. »

Mall Rat : « Il y a là un "espace collectif", un local commercial aménagé avec une table, des chaises, des plantes, des coussins pour s’asseoir, des pneus colorés en guise de décoration, une invitation à venir y passer du temps, velléité de communauté dans la double impossibilité de la banlieue et du centre commercial, personne ne rentre là, les gens ne savent pas quoi faire quand il n’y a rien à acheter.

Le bulletin des chroniqueurs : « Le chroniqueur Michel David, du Devoir, a institué un bulletin des parlementaires à la fin de chaque session, dont il cote le travail à la manière universitaire dans une échelle de A à E. Il est toujours plaisant de voir ses têtes de turc se faire se faire gratifier d’un échec définitif, mais à la fin, il y en a qui ont une poutre dans l'oeil. »

Ta série Netflix de marde : « les enfants des banlieusards sont devenus des intellos précaires trop dans le jus pour lire un livre mais qui trouvent le temps de binge-watcher la dernière saison de n’importe quelle fantasy dystopique néo-noir en autant qu’elle soit sur Netflix. C’était bien la peine de se donner un petit air de supériorité envers ceux qui « ont encore la télé » ; seulement, au lieu d’avoir trois postes comme dans le temps, ils n’en ont qu’un seul. Et il est nul à chier. »

La confusion politique du Parti Vert : « Il n’y aura pas de capitalisme vert. Il est essentiellement extractiviste et consumériste. Les seules limites que le capitalisme respecte sont celles que lui impose la législation ; et comme l’idéologie dominante est celle de la classe dominante, les législateurs qui la répresentent n’ont pas légiféré grand chose, parce que nous sommes sous le régime de la libre entreprise - laquelle nous a menés, par ailleurs, au coeur d’une crise écologique. La vérité, c’est que nous n’avons plus les moyens de vivre selon nos moyens. »

Première livraison - printemps 2019

Traité de la pochitude - « Il ne faut pas s’étonner, dans ces conditions, de l’impossibilité de recevoir un recueil qui ne cède rien à la grégarité du milieu. L’Anthologie poche de Théodore Patate, publiée chez Moult éditions, est spectaculairement passée sous le radar. Au risque de faire un jeu de mot poche dont il semble si friand, son recueil a fait patate. »

Comment nous sommes devenus propres - « À la caisse, ils ne voulaient plus qu’on les dérange avec nos factures. Ils chargeaient des frais dissuasifs quand on les réglait, fallait les payer au guichet. Après, ils n’ont plus voulu qu’on embarrasse leurs guichets, il a fallu payer les factures sur Internet. À la fin du mois, la caisse chargeait des frais quand même, une dizaine de dollars, subtilement, sans rien dire, une ligne de code parmi les autres. Après, ils ont retiré les guichets, juste pour être sûrs. »

Il faut fermer les Écrits des Forges - « Quant aux Écrits des forges, ils représentent ce qu’il y a de plus mort dans l’édition au Québec. Ils partagent, avec Les Herbes Rouges, un même désintérêt pour l’aspect matériel de leurs livres : maquette hideuse et uniforme pour tout le monde, typographie quelconque, papier d’un blanc aveuglant que tout le reste de l’industrie a abandonné depuis longtemps. Les livres des Forges sont envoyés tous en même temps aux libraires, bien en mal de les distinguer entre eux, et aucun suivi ne semble fait auprès de la presse. »

Ta carrière universitaire de marde - « Les plaies qui affligent l’université sont si abondamment répertoriées qu’en remettre une couche ne risque guère de dépasser l’exercice rhétorique. L’institution universitaire est pourtant fascinante en ce qu’on y produit un travail intellectuel de très haut niveau, et dans l’immense majorité des cas, ce travail est fait gratuitement, parfaitement inutile et complètement ignoré. »

La mort du Parti Québécois expliquée à Jean-François Lisée - « Le PQ n’est pas en train de faire une crise cardiaque ; il dépérit depuis 20 ans des suites de désaffectations successives de son électorat et d’une transformation en profondeur de la société québécoise. Ce qui suit ne prétend pas épuiser le sujet, mais donne des pistes au pauvre Jean-François. »