Ton troisième lien de marde


Faque. 

Voulez-vous savoir ce que je pense du « nouveau » troisième lien ?

Moi non plus à vrai dire.

Pourtant, ça fait trois ans que j’annonce que je vais publier un livre sur le troisième lien. Je devrais être content, non ?

Je pensais bien en écrire le chapitre final début 2020, alors qu’on annonçait que le tracé à l’est de la ville était abandonné au profit d’un tunnel reliant les centres-villes de Lévis et Québec, et qu’avant de rendre publique l’information - via une fuite orchestrée par le FM93 - on avait même réconcilié les deux maires ennemis.

C’est comme si mon show préféré, qui ne s’en allait nulle part, venait de renouveler pour une autre saison ! Toute la distribution est de retour - Gilles et Régis et Jean-François, Sol et Catherine, les deux François (Bonnardel et Legault), les chroniqueurs et animateurs radios, les commentateurs éclairés de facebook, il y aura de nouveaux rebondissements, je me sentais fébrile comme l’une de ces bibittes de Netflix qui allait se taper une autre session de bingewatching.

Vision de Michael Jackson qui mange du popcorn.

Ça va être magique.

Mon alerte google capotait ben raide.

Le troisième lien, the longest show running since The Walking Dead.

Mais la saison a été pourrie. Il ne s’est presque rien passé, pandémie oblige. Toute l’année a été consacrée au bras de fer entre le gouvernement, qui voulait son troisième lien, et le maire de Québec, qui voulait son tramway.

Il aura fallu un an pour que la CAQ convoque finalement une conférence de presse pour noyer son poisson automobile dans le bocal du transport collectif.

Ce fut d’abord la carte qu’on a coulée, encore au FM93.

Appelons ça Radio-CAQ, ça va être plus clair.
Dans la série « on vous prend pour des caves », peindre des autoroutes aux couleurs de lignes de métro, c’est quand même fort.

Le seul transport en commun, c’est la ligne orange.

En bleu et en jaune, ce sont des autoroutes. On va leur adjoindre des voies réservées pour les autobus, mais sans qu’elles remplacent les voies déjà existantes. Coût : 844 millions $

En vert c’est une autoroute souterraine, qui va rejoindre les autres autoroutes. Le trafic de Lévis s’en vient saloper la jonction de Vanier et Limoilou.

Avez-vous dit greenwashing ? On nous dessine ça comme une carte de métro, mais c’est un cauchemar de gaz carbonique et de laideur.

Mais le plus gros mensonge, il est en bas à gauche. Ça ne vient pas de « votre gouvernement », comme si cette institution nous appartenait. Ça vient des patroneux du béton, du pétrole et de l'automobile, les seuls bénéficiaires de cette agression sur le territoire et les milieux de vie.

C’est pour eux qu’on va dépenser ces milliards. Il est absolument fascinant de voir la droite, qui posait encore récemment comme championne de la rigueur budgétaire, non seulement flipper de l'argent comme dans un vidéo de rap, mais ne même pas être capable de faire un budget. 
 
On lisait ainsi dans La Presse :
Autrement dit, à la question « combien ça coûte », ces spécialistes de l’économie répondent : « on n’en a aucune crisse d’idée. » Disons que puisque les coûts ne sont pas destinés à baisser, on en a au moins pour 10 milliards… pour l’instant.

Quant aux questions d'ingénierie, c’est consternant. Un tunnel à deux étages sur 6,5 kilomètres, 9 en incluant les approches, qui passe sous le fleuve pour venir mourir à Expocité où gît la dernière lubie des radios-poubelles, le centre Vide. Quelle magnifique fable morale.
 
Il me semble que juste l’image est à mourir de rire. 
 
Ils appellent ça un monotube.

Meme this, please.

Dire que pendant toutes ces années on s'est foutu de la gueule des promoteurs du monorail.

Astie qu'on n'avait rien vu.

Un monotube !

Tout ça pour quoi ? Pour satisfaire les radios-poubelles, dont l’une (CHOI) est littéralement boycottée par toute la classe politique, et l’autre, le FM93, qui s’est départi de ses pires éléments dont l’un est devenu un opposant politique direct depuis qu’il est chef d’un parti de coucous.

Les auditeurs de CHOI ne sont même pas contents


La seule chose qui me console dans cette absurdité, c’est la conviction profonde que ce projet n’ira jamais de l’avant, parce qu’il est trop gros, stupide et absurde pour que quiconque encore vaguement connecté à la réalité accepte de le considérer comme réel.

Autrement, je serais enragé d’un tel mépris des communautés et, à titre de citoyen de Québec, je serais révolté qu’on m’envoie le trafic de la rive-sud dans un quartier qui se tape déjà la White Birch, l'incinérateur, le transport lourd de la future usine de biométhanisation et des éventuels conteneurs de Laurentia.
 
Et si j'étais l'un de ces « automobilistes » qui remplacent dans la bouche des politiciens le terme de citoyen (j'ai beau avoir un char, comment dire, je me définis autrement), je serais ultra-fru qu'on m'envoie jusque le trafic de la rive-sud sur des autoroutes déjà congestionnées.
 
Comme disait Catherine Dorion :
Un tel projet est clairement l'oeuvre de quelqu'un qui n'aime pas la ville de Québec.

Il faudrait lui donner congé.